Immigration et religion: Lisée blâme l’inaction de Couillard

Lisée is like a gnat, buzzing around these issues and changing his positions regularly.

A bit rich to blame all Quebec’s integration challenges and issues on Liberal governments, given the role of the PQ in recent years of playing identity politics, one that Lisée has also participated in:

Le gouvernement Couillard est responsable de l’insatisfaction exprimée par plusieurs citoyens quant à l’intégration des immigrants et au port de signes religieux, estime le chef péquiste Jean-François Lisée.

Le chef du Parti québécois a été invité, lundi à Montréal, à commenter les résultats d’un sondage Crop réalisé pour le compte de Radio-Canada.

Ce sondage indique notamment qu’une majorité de gens pensent que le port de vêtements religieux devrait être interdit pour les éducateurs (66%), les personnes en autorité (76%) et les autres employés des services publics (67%).

De même, 57% des Québécois qui ont répondu au sondage jugent que les musulmans sont mal intégrés, soit 38% «plutôt mal» et 19% «très mal». Ils sont 7% à estimer qu’ils sont très bien intégrés et 35%, plutôt bien intégrés.

Interrogé à ce sujet lors d’une conférence de presse à Montréal, après son retour d’un voyage à saveur économique en Europe, M. Lisée a blâmé le gouvernement Couillard et les gouvernements libéraux précédents pour leur inaction en la matière depuis des années.

«Les Québécois sont impatients face à l’incapacité du gouvernement Couillard d’agir sur les signes religieux, sur les accommodements religieux», a conclu M. Lisée.

Il s’est par ailleurs dit heureux de constater que pour bien des questions du sondage, les Québécois ont offert des réponses similaires aux autres Canadiens.

Source: Immigration et religion: Lisée blâme l’inaction de Couillard | Lia Lévesque | Politique québécoise

Le rêve brisé de candidats à l’immigration – change in selection process

Understandable reaction, given retroactivity and that the fees will apparently not be reimbursed:

Rétroactives, les nouvelles règles du ministère de l’Immigration pour sélectionner les travailleurs qualifiés affecteront près de 30 000 dossiers, a appris Le Devoir. Dans le lot, les demandeurs qui ne se qualifieront plus en vertu de la nouvelle pondération de la grille de sélection seront rejetés, sans le remboursement des quelque 1000 dollars payés pour déposer une demande.

« C’est une façon inhumaine de traiter les gens. Ce n’est pas la première fois que le MIDI [ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion] utilise cette tactique et qu’il change les règles du jeu. C’est désolant », s’est indigné Jean-Sébastien Boudreault, président de l’Association québécoise des avocats et des avocates en droit de l’immigration (AQAADI). « Ce qui est encore plus troublant et alarmant, c’est que ces gens-là se qualifiaient, ont payé des sommes importantes et ne seront pas remboursés. Ils se voient voler. »

Photo: David Afriat Le DevoirLa ministre de l’Immigration, Kathleen Weill

Sur des forums d’échanges, certains aspirants immigrants crient à la fraude. « Je trouve ça assez honteux de faire ça rétroactivement. Certains vont se retrouver en dessous du seuil et leur rêve et leur argent partiront en fumée… », peut-on lire sur Immigrer.com. « Difficile à avaler. Notre rêve du Québec s’éloigne. On était déjà juste… Alors avec ça… », écrit un Français ayant déposé une demande. « Il risque d’y avoir une ribambelle de rejets à la suite de la mise en place de cette grille. »

Pour l’heure, il est toutefois impossible de dire combien de demandes seront rejetées, faute d’un nombre suffisant de points. Mais selon Jean-Sébastien Boudreault, le ministère profite largement de cette situation. Si 10 000 demandes sont rejetées, le gouvernement aura encaissé « 10 millions sur le dos des immigrants, rien qu’en changeant les règles du jeu », déplore-t-il. L’avocat estime que ces dernières années, le ministère a refusé des « quantités astronomiques » de dossiers. « Ce sont des milliers de dossiers rejetés par année. Des gens voient leur dossier fermé pour des détails ou des changements de règles, dit-il. Ils n’ont aucun recours. »

Nouvelles règles

Ce qui choque tant les candidats à l’immigration dans ce changement de pointage, c’est qu’ils ont déposé et payé leur demande en ayant préalablement mesuré leurs chances d’être sélectionnés grâce à un formulaire d’« évaluation préliminaire » en ligne qui leur permet de calculer leurs points. Ensuite, le travailleur qualifié doit débourser 773 $ et 166 $ pour chaque membre de sa famille, conjoint(e) ou enfant. L’obtention du Certificat de sélection du Québec (CSQ) prend six mois au minimum, parfois plusieurs années.

En vertu des nouvelles règles en vigueur depuis mercredi, qui s’appliquent rétroactivement à toutes les demandes qui étaient en attente de traitement, le système de pointage a été ajusté pour donner plus de points à des personnes parlant le français. En revanche, on attribue moins de points dans certains domaines de formation et plus aucun point pour les candidats ayant un diplôme secondaire professionnel ou un diplôme postsecondaire technique et à ceux détenant une formation dans un domaine recherché au Québec.

Source: Le rêve brisé de candidats à l’immigration | Le Devoir

Canadians have different attitudes on immigrants versus refugees: poll

Two contrasting polls released: the annual IRCC tracking survey and a SOM poll of attitudes in Quebec  (methodologies and questions vary).

Canada-wide results show 52 percent believe the current levels are about right, down from 58 percent a year earlier. The Quebec poll asks this question differently, showing 55 percent are opposed to an increase in immigration levels while 36 percent support an increase.

Starting with the tracking survey:

A newly released federal survey on attitudes towards immigration suggests Canadians are somewhat more enthusiastic about accepting economic migrants than they are about refugees.

While 52 per cent of those polled in the Immigration Department’s annual tracking study felt the right number of immigrants were coming to Canada, 23 per cent thought it was too high.

Meanwhile, 40 per cent felt the right number of refugees was being admitted and 30 per cent thought that figure was too high.

The 2016 survey was done long before immigration and refugee policy became a centrepiece of the U.S. presidential campaign and the eventual new administration of Donald Trump, and before the question of what values immigrants to Canada ought to hold became a centrepiece of Conservative leadership politics here.

So while the data might not reflect how attitudes have shifted since those developments, it’s telling for what it was probing for in the first place, suggested Jack Jedwab, the executive vice president of the Association for Canadian Studies and co-chairman of an upcoming conference on integration and immigration.

“I think what the government is trying to get at is the issue of the extent to which people are more preoccupied by the increase in refugees that’s happening in a lot other places in the world,” he said.

While the survey did suggest some differences in viewpoints on refugees versus other classes of immigrants, Jedwab said they aren’t substantial.

“Right now, we’re seeing globally an effort on the part of elected officials to try to make those distinctions – refugees bad, economic migrants good, that’s the distinction that’s being made in the States to some extent,” he said.

“And I don’t think, based on what we’re seeing now in this poll, that we’re seeing that idea take effect here.”

Pollsters were in field between August 11 to 31, 2016, asking 1,598 Canadians for their opinions on immigration. The survey has a margin of error of 2.45 per cent, 19 times out of 20.

The survey was done ahead of the release of the immigration levels plan, published in October, and also before the federal government received a report from its economic advisory council that would recommend a massive increase in the number of immigrants to Canada, from what had been about 260,000 a year to 450,000.

The survey did probe Canadians’ appetite for an increase. Respondents were asked to what extent they’d support boosting levels of economic immigration by 100,000 people over the next five years and 42 per cent exhibited some level of support for the idea. If the number ratcheted up further to 200,000 over five years, support fell to 38 per cent.

The Liberals eventually nixed any major increase, going instead with a modest uptake in admissions to around 300,000.

While the survey is done annually, not all the questions are repeated each year, making it difficult to compare attitudes over time unless the questions are exactly the same.

There was some crossover between this year and last year’s study.

Fifty-two per cent of those polled in 2016 thought the government is accepting the right number of immigrants, down from 58 per cent of those polled in 2015.

Meanwhile, about 46 per cent of those polled in 2016 felt that refugees have a positive impact on the Canadian economy, up from the 41 per cent who felt that way in the survey done last year.

Source: Canadians have different attitudes on immigrants versus refugees: poll – The Globe and Mail

The Quebec poll:

Une majorité de Québécois est défavorable à l’idée d’accueillir davantage d’immigrants au Canada à la suite des mesures anti-immigration du président américain Donald Trump.

Un sondage SOM publié mercredi par Cogeco Nouvelles précise que 55 % des répondants croient que le Canada ne devrait pas accueillir davantage d’immigrants à la suite des mesures anti-immigration du président américain.

En revanche, 36 % des gens approuvent l’idée d’en accueillir davantage, alors que 9 % se disent indécis.

Les catégories de personnes qui sont les plus favorables à l’idée d’accueillir davantage d’immigrants à la suite des mesures adoptées par l’administration Trump sont les 18-24 ans, dans une proportion de 55 %, ceux qui ont une langue maternelle autre que le français, dans une proportion de 49 %, et ceux qui ont une scolarité de niveau universitaire, dans une proportion de 49 %.

De même, 75 % des personnes interrogées se disent d’accord avec l’idée de resserrer la surveillance aux frontières pour empêcher l’arrivée d’immigrants illégaux.

Les personnes ayant le français comme langue maternelle sont encore plus nombreuses à le penser, soit 79 %.

Seulement 19 % s’opposent à l’idée.

De plus, moins du tiers des Québécois interrogés jugent que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, gère correctement le dossier de l’arrivée au pays des immigrants illégaux, soit 29 % d’entre eux.

La majorité des Québécois dit non à plus de migrants, selon un sondage

Failing Quebec’s Muslims – The New York Times

Patriquin in the NYTimes on Quebec’s ongoing debates:

But the trivialization of anti-Muslim crime and the outright demonization of Muslims, so common on Quebec City’s airwaves, contribute to a poisonous political climate for Muslims across the province.

Quebec’s political class has been embroiled in a decade-long obsession over the place for the province’s religious minorities in society. Because the discussion has focused largely on the Muslim veil, the effect has been further social and economic shunning of Muslims.

Quebec’s National Assembly is debating a bill that would compel much of the public service work force to keep their faces uncovered. The bill, which will probably be approved, comes just over three years after the previous Parti Québécois government tried to pass the Quebec Charter of Values, a more restrictive law that would have banned the wearing of all religious symbols by anyone drawing a provincial government paycheck.

This debate has only grown more intense. Seemingly inconsequential requests — as when, in 2007, a Muslim group asked for pork-free baked beans and a prayer room for a private retreat at one of Quebec’s many “sugar shacks,” where maple syrup is made and feasted upon — have been taken as assaults on Quebec’s vaunted secularism. More recently, the right-of-center Coalition Avenir Québec party said it would seek to ban the “burkini,” the body covering swimsuit worn by some Muslim women, from Quebec beaches. (The party eventually backed down, admitting that such a ban would be difficult to enforce.)

On paper, at least, the Muslims here are well suited for Quebec. Many of them are from North Africa, and are well versed in French, Quebec’s official language. They tend to be well-educated and have large families — a boon for a province with a low birthrate and an aging population.

Yet integrating into society has remained a stubborn problem. Quebec has the highest unemployment rate among recent immigrants to the country, just over 15 percent, nearly four percentage points higher than the national average, according to census data.

There are several reasons behind this high unemployment rate. Roughly 75 percent of Quebec’s immigrant population settles in Montreal, an already competitive job market. The province’s unions and professional organizations have been particularly reluctant to credit job experience at foreign companies, or even to recognize degrees earned at foreign universities. One of the mosque shooting victims, Aboubaker Thabti, was trained as a pharmacist in his native Tunisia. A married father of two, he was working at a chicken slaughterhouse at the time of his death.

The province’s government has promised that remedies are on the way. Last year, the governing Liberals introduced a bill that would streamline the recognition of foreign university degrees and compel professional organizations to more readily accept applicants from non-Canadian institutions. Other provinces have instituted such measures, with varying degrees of success. In Ontario, where most of the country’s immigrants settle, there are still far too many professionals driving cabs and delivering food.

Then there is the thorny issue of who, exactly, is a Quebecer. In the job market, there remains a preference for what is known as “pure laine” Quebecers. The expression — literally “pure wool” — denotes anyone with a Québécois last name and the appropriate skin tone.

“Unfortunately, you’re more likely to get a good job if your name is Lachance than if it’s Hamad,” said Tania Longpré, a researcher and French teacher in Montreal. “The key to integration is the ability to contribute to the economy. Quebec only loses when its professionals are forced to cut chickens.”

Mr. Duhaime, the radio host, has remained largely unrepentant in the wake of the mosque shooting, at one point blaming envious rivals for taking his words out of context. Others have been more contrite.

Sylvain Bouchard, a popular morning radio man, said that he’d failed in his duty to invite members of the city’s Muslim community to his show. “Muslims here are pacifist,” he said.

It was an unexpected show of regret in a medium known for its hot takes and big egos. If only words were the cause, and not just a symptom, of the problem.

Fonction publique: des ingénieurs de l’État issus de l’immigration se disent victimes de discrimination

The ongoing challenge of foreign credential recognition and related barriers:

Le gouvernement Couillard refuse depuis deux ans que des ingénieurs de l’État issus de l’immigration soient payés en fonction de l’expérience qu’ils ont acquise dans leur pays d’origine. Une « hypocrisie », selon leur syndicat, alors que Québec veut faciliter l’intégration des immigrants au marché du travail.

Le 28 août 2015, 23 ingénieurs du gouvernement formés à l’étranger ont écrit au ministre des Transports de l’époque, Robert Poëti, pour demander une révision des politiques de classement du Ministère.

Ils soutiennent que leur expérience à l’étranger n’a pas été considérée par le ministère des Transports du Québec (MTQ) au moment de leur embauche. Ils ont donc été classés dans des échelons salariaux qui ne reflètent pas le nombre d’années de pratique.

DROIT DE PRATIQUE

Ces professionnels ont pourtant réussi tous les tests imposés par l’Ordre des ingénieurs (OIQ) et obtenu leur droit de pratiquer au Québec.

« Nous trouvons que cette situation est inéquitable et ne tient pas compte de l’analyse rigoureuse de nos dossiers qu’a faite l’OIQ et les expériences reconnues par ce dernier pour nous attribuer des permis d’ingénieurs », peut-on lire dans la lettre.

« De plus, elle va à l’encontre des articles 16 et 19 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec », ajoutent les plaignants.

Dans une réponse écrite envoyée en février 2016, la directrice des ressources humaines du MTQ, Brigitte Duchesne, se montre sensible à la situation de ces employés. Elle soutient avoir adressé une « demande formelle » au secrétariat du Conseil du trésor, « de façon à soutenir une éventuelle reconnaissance de [leurs] expériences en génie acquises hors Canada ».

« CHEAP LABOUR », DÉNONCE LE SYNDICAT

Or, un an plus tard, rien n’a bougé, dénonce le président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement (APIGQ), Marc-André Martin.

« Le gouvernement se paye du “cheap labour”, dénonce-t-il. Il est au courant de la situation et il ne fait rien. »

Il cite en exemple le cas d’un ingénieur qui a travaillé pendant cinq ans en Roumanie avant d’immigrer au Québec. Lors de son embauche au ministère des Transports, il a été rémunéré au plus bas échelon salarial, car il venait tout juste d’obtenir son permis de pratique de l’Ordre des ingénieurs. S’il était rémunéré à la hauteur de sa véritable expérience, il gagnerait environ 10 000 $ de plus par année, dit M. Martin.

Source: Fonction publique: des ingénieurs de l’État issus de l’immigration se disent victimes de discrimination | Martin Croteau | Politique québécoise

La haine se propage au Québec – L’actualité

Latest provincially-collected data (last StatsCan provincial data shows 184 in Quebec – 2013 Police-Reported Hate Crimes by Province), with particular attention to extreme right motivated crimes:

Selon un rapport daté de 2015 du ministère québécois de la Sécurité publique, le nombre de crimes haineux enregistrés par la police — ce qui peut aller du vandalisme aux voies de fait en passant par les menaces — est passé de 176 en 2009 à 257 en 2014, un bond de 46 %.

Ce sont les crimes motivés par la haine d’une religion qui ont connu l’augmentation la plus marquée, tout particulièrement entre 2013 et 2014. Entre ces deux années-là, qui correspondent à l’époque où le projet de charte des valeurs du Parti québécois faisait débat, le nombre de délits haineux de nature religieuse a presque doublé, passant de 48 à 93. C’est le type de haine la plus répandue dans la province, devant les infractions liées à la race ou à l’origine ethnique, à l’orientation sexuelle, au sexe, à la langue, au handicap ou à l’âge.

Un mouvement morcelé

La mouvance d’extrême droite au Québec est tout aussi morcelée et volatile que celle du reste du pays. Mais elle a aussi ses caractéristiques propres. Samuel Tanner, de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, et Aurélie Campana, du Département de science politique de l’Université Laval, en ont tracé les contours dans un rapport publié en 2014.

On retrouve dans la province une concentration particulièrement forte de skinheads d’extrême droite parfois violents. Figurent dans ce cercle des groupes comme Dead Boys Crew, Légion nationaliste, Québec Radical, Ragnarok ou Vinland Front. Certains de leurs membres ont été condamnés pour des agressions à l’arme blanche envers des personnes noires ou d’origine arabe, notamment.

Les skinheads québécois gravitent par ailleurs autour d’une scène musicale fort active, qui constitue un puissant outil de recrutement. Certains de ces groupes ont donné leurs concerts (et craché leur xénophobie) jusqu’en Amérique du Sud et en Europe.

Les chercheurs reconnaissent une autre frange de l’extrême droite québécoise: une frange ultranationaliste, animée par la conviction que la population québécoise de souche canadienne-française doit protéger sa langue, sa culture et son identité contre la menace que représentent à ses yeux les immigrants. Ces groupes sont de plus en plus visibles depuis quelques années: ils organisent des marches, des campagnes de distribution de tracts ou d’autocollants, des conférences et d’autres activités dont la rhétorique ne laisse planer aucun doute sur le sentiment islamophobe qui les motive. En font partie notamment la Fédération des Québécois de souche, Atalante Québec ou encore Pégida Québec.

Source: La haine se propage au Québec – L’actualité

La laïcité déculottée [Pelletier on Charles Taylor’s revisiting Bouchard-Taylor recommendations]

Good piece by Francine Pelletier on the further reflection of Charles Taylor:

Mais où commencer ? Les malentendus sont nombreux et combien enchevêtrés ! D’abord, cette notion voulant que la Révolution tranquille ait transformé le Québec en terre de la laïcité. Oui, la province s’est rapidement sécularisée dans les années 60 ; il y a eu une grande « perte d’influence de la religion », pour ne rien dire de la déconfessionnalisation des écoles. Mais la laïcité implique une séparation de l’Église et de l’État autrement plus pointue, une qui passe par l’ordre juridique et qui aurait exigé, excusez-moi de le souligner à gros traits, le retrait du crucifix à l’Assemblée nationale.

La laïcité comporte un deuxième volet, plus important encore : la neutralité de l’État. Contrairement aux interprétations souvent véhiculées, cela n’implique pas une désaffection religieuse. Loin de récuser, la neutralité « accueille » toute religion seulement sans favoritisme ni parti pris. Comme le suggère le sociologue belge Marc Jacquemain, il ne s’agit pas  d’une valeur en soi, mais d’un dispositif qui garantit une valeur, celle de la liberté de pensée et de religion. L’important n’est pas la neutralité ni l’absence de religion, en d’autres mots, mais bien la liberté de conscience. La possibilité pour chacun d’entre nous de vivre selon ses croyances, en toute liberté. Pour que ce foisonnement individuel puisse se réaliser, l’État, lui, doit offrir une page blanche.

Rien de ça n’a été officiellement discuté, encore moins légiféré, sous le gouvernement Lesage. Il ne l’a pas été beaucoup plus lors de la commission Bouchard-Taylor qui, de toute façon, se penchait sur un à-côté de la laïcité, les accommodements religieux. Les commissaires ont beau avoir inscrit la notion de « laïcité ouverte » dans leur rapport, celui-ci, on le sait, a été grossièrement tabletté. La notion n’a donc guère de sens pour l’ensemble des Québécois aujourd’hui. Si elle avait été bien comprise, aurait-on fait un tel gâchis de la « charte des valeurs » cinq ans plus tard ?

La législation proposée par le gouvernement Marois offrait un premier exercice, en bonne et due forme, sur la laïcité. À la bonne heure. Mais plutôt que de discuter de la neutralité de l’État et du type de laïcité que nous voulions, le débat s’est enlisé sur la question de l’identité nationale. C’est la raison pour laquelle l’exercice a été rapidement rebaptisé « charte des valeurs québécoises ». Il ne s’agissait pas d’établir rationnellement, juridiquement, le « rapport entre le politique et le religieux » ; il s’agissait de dire ce qu’on ne tolérait pas au Québec. C’est chaque fois, en fait, la même chose. Que ce soit dans la foulée de la Révolution tranquille, du « code de vie » d’Hérouxville ou de la charte des valeurs, le sentiment antireligieux, la hantise du passé prennent le dessus et dictent les résultats.

Comme le note Marc Jacquemain, il n’y a que la France qui opte pour cette laïcité dite républicaine, nourrie de suspicion envers la religion (Révolution française oblige) et où, au nom d’une supposée cohésion sociale, on a comme mission « l’émancipation » du croyant. Or, le type de laïcité proposée par MM. Bouchard et Taylor, aussi appelée laïcité libérale, est aux antipodes de cette laïcité française où, plutôt que de défendre « le droit de l’individu face à l’État » on défend « le droit (et même le devoir) de l’État de défendre l’individu face à la religion ».

Ce qui nous amène au consensus que M. Taylor aurait malencontreusement fait voler en éclats, celui d’interdire aux juges, magistrats et policiers le port de signes religieux.

D’abord, est-ce vraiment une victoire d’ériger ce principe en loi alors qu’on ne comprend guère sur quoi une telle restriction repose ? Il s’agit, après tout, de bafouer les droits fondamentaux de certains individus. La « neutralité d’apparence » en vaut-elle vraiment la chandelle ? Je suis plutôt disposée à le croire, mais je trouve suspect qu’on veuille applaudir seulement à ce qui restreint ici les droits individuels alors que c’est silence radio sur ce qui garantirait leur épanouissement. Plutôt qu’un geste réfléchi en vue d’une laïcité réelle, un tel consensus n’agit-il pas plutôt comme un gros diachylon sur la plaie béante de l’identité nationale ?

Charles Taylor a raison de nous forcer à y réfléchir à deux fois.

Les jeunes péquistes refusent de revenir à la charte des valeurs

Encouraging:

Les esprits se sont échauffés au Congrès du comité national des jeunes du Parti québécois (PQ), qui ont rejeté en bloc, dimanche, l’idée d’interdire le port des signes religieux pour tous les employés du secteur public et parapublic pendant leurs heures de travail. Seulement une quinzaine de personnes ont appuyé une mesure qui consistait essentiellement à reprendre les aspects controversés de la charte des valeurs du gouvernement Marois.

« Cette proposition-là, à mon sens, ce n’est pas de la laïcité, c’est, d’une certaine façon, jouer le jeu des racistes. Qui on va attirer au Parti québécois avec cette proposition-là ? » a lancé le délégué Laurent Constantin aux jeunes réunis à Victoriaville. Il a été hué pour avoir utilisé le mot raciste.

« On est Québécois avant tout. C’est de cette façon que nous réussirons à inclure dans la société tous les Québécois de quelque origine qu’ils soient », a exposé Nicolas Turcotte, de l’association des Laurentides, qui avait avancé cette proposition pour le congrès.

Marc-André Bouvette, le nouveau président du Comité national des jeunes du PQ, et Ariane Cayer, la présidente sortante, se sont prononcés contre la proposition. « Les gens sont tannés, les gens ont envie qu’on règle cette question-là une fois pour toutes et là, nous, on a l’odieux d’aller secouer ça encore ? Les gens sont plus capables », a lancé Mme Cayer.

Port de signes religieux: Taylor plombe un compromis possible, déplore Bouchard 

Always interesting to listen to both Taylor and Bouchard, both when they agree and when not. But the focus on the concrete mentioned at the end of this article indicates a strong convergence of views:

Le Québec a raté une occasion unique de mettre derrière lui le débat sur le port de signes religieux. En désavouant la solution mise de l’avant dans son propre rapport, Charles Taylor a coupé les ailes au consensus qui se dessinait entre les partis politiques, déplore Gérard Bouchard qui, avec M. Taylor, avait coprésidé la commission sur les accommodements reliés aux différences culturelles.

Avec la prise de position étonnante du philosophe Taylor, «le Québec risque d’être une autre fois enfoncé dans l’âcre querelle qui le divise depuis une quinzaine d’années », observe M. Bouchard dans une lettre publiée demain dans la section Débats de La Presse+. «Pour ma part, j’endosse toujours cette proposition», tranche M. Bouchard.

M. Taylor soutient intervenir pour contribuer à la réconciliation des opinions sur cette question délicate. Or, estime M. Bouchard, cette intervention aura « contribué à mettre en échec [la réconciliation] qui émergeait entre les partis politiques et qui a été rendue possible parce que d’importants éléments de consensus étaient présents dans la population ».

En désavouant cet élément de son rapport de 2008, M. Taylor risque de provoquer «l’échec du projet de consensus, dénonce son collègue Bouchard. Les jeux sont à nouveau ouverts. Il est probable que le PQ et la CAQ voudront maintenant reprendre leurs billes». Avec cette occasion ratée, prédit-il, «le débat sur les signes religieux est relancé au moins jusqu’aux prochaines élections, et peut-être au-delà».

Le sociologue du Saguenay était injoignable depuis que son partenaire Taylor avait, dans une lettre à La Presse, annoncé qu’il n’appuyait plus la recommandation formulée dans leur rapport en 2008. Il avait eu vent que son collègue s’apprêtait à rendre publique sa volte-face.

Les deux intellectuels proposaient alors d’interdire le port de signes religieux visibles aux représentants de l’État exerçant un pouvoir de coercition sur les autres citoyens. Ainsi les juges, les procureurs de la Couronne de même que les policiers et les gardiens de prison n’auraient pu afficher leur confession en portant une croix, une kippa ou un voile, par exemple. Pour Gérard Bouchard, cette formule «s’était progressivement posée, aux yeux de nombreux Québécois, comme l’assise à partir de laquelle on pourrait ériger un consensus. Cet horizon est maintenant compromis».

M. Taylor jugeait que, depuis la publication du rapport, le contexte avait changé et que le débat soulevé par cette question avait entraîné des gestes malheureux à l’endroit de la communauté musulmane. Ce revirement avait comblé d’aise le premier ministre Couillard qui, rapidement, revint à sa position – totale liberté pour le port de signes religieux à la condition que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert.

Au passage, M. Bouchard écorche la position de Philippe Couillard qui, opposé à la «discrimination vestimentaire», prône l’absolue liberté quant au port de signes religieux.

Or, le projet de loi 62 proscrit le niqab, le voile qui couvre le visage, «une contradiction flagrante» dans la position du gouvernement, observe M. Bouchard. M. Couillard a déjà fait valoir que des questions d’identification, de sécurité, commandaient que les services soient offerts et reçus à visage découvert.

L’interdiction du rapport Bouchard-Taylor, limitée à quelques «agents exerçant une fonction tout à fait exceptionnelle», «se défendait bien sur le plan juridique», estime le sociologue, rappelant que des juristes avaient été consultés avant la publication du rapport en 2008. «Nous sommes loin d’une attaque directe contre les musulmans ou du projet de charte des valeurs, comme on l’a prétendu» dit-il.

Les «dissensions persistantes sur les signes religieux» vont rester. Il convient maintenant «d’oeuvrer énergiquement » à d’autres tâches, la lutte contre la discrimination, la destruction des stéréotypes, et « vider enfin le panier de crabes des accommodements [qui posent toujours un gros problème pour les deux tiers des Québécois]». Le gouvernement Couillard semble se montrer plus actif dans cette direction, se réjouit en conclusion Gérard Bouchard.

Source: Port de signes religieux: Taylor plombe un compromis possible, déplore Bouchard | Denis Lessard | National

Quebec can’t keep politics out of the identity debate

Depressing how the cycle repeats itself:

Now, even Prof. Taylor agrees. Conceding that he never really believed in his report’s principal recommendation – that individuals invested with the “coercive” powers of the state be prohibited from wearing religious symbols – the esteemed philosopher said this week that the events of the past decade have convinced him that Quebec should abandon the idea of legislating in this area altogether. Any such law would probably be unconstitutional anyway. More important, the stigmatization of the province’s Muslim minority in the debates that followed his report, and the subsequent Parti Québécois government’s attempt to adopt a charter of Quebec values that would have extended the ban on religious symbols to all state employees, gave licence to a xenophobic minority of Quebeckers to act on their discriminatory views, Prof. Taylor said.

The 85-year-old philosopher concluded that the recent attack on a Quebec City mosque that left six worshippers dead prompted a rare expression of solidarity that must not be squandered by reopening divisive debates over Muslim headgear. It’s time for Quebec to move on – and heal.

Unfortunately, Prof. Taylor’s words of wisdom will be all but ignored, in part because the co-author of the Bouchard-Taylor report profoundly disagrees with them. For Prof. Bouchard, a sociologist and the brother of former PQ premier Lucien Bouchard, it is precisely the failure of politicians to act on his report’s recommendations that led to an increase in hate crimes and discriminatory attitudes toward Muslims. For him, it’s “urgent” to legislate the rules of religious accommodation now to prevent this debate from boiling over again in the future.

Prof. Bouchard’s point of view reflects one of his report’s fundamental observations. Though a majority in their home province, francophone Quebeckers with Catholic roots still consider themselves a threatened minority and expect newcomers to understand this. “What’s just happened in Quebec,” the 2008 report noted, “gives the impression of a face-to-face between two minorities, each asking the other to accommodate it… We can conclude that Québécois of French-Canadian ascendance are still not very comfortable with the cumulation of their two statuses – majority in Quebec, minority in Canada and North America.”

A decade later, not much has changed. The current Liberal government of Premier Philippe Couillard, which depends on the overwhelming support of the province’s anglophone and immigrant populations to win elections, once again finds itself awkwardly trying to prevent an unresolved identity crisis from again becoming a political one. It has proposed legislation establishing the parameters of the state’s religious neutrality that would ban face coverings among those who dispense or receive government services.

The opposition PQ and Coalition Avenir Québec naturally think the Liberal legislation is too timid and, barely a week after the Quebec City shooting, said they would only support it if it also included Bouchard-Taylor’s proposal to ban police officers, judges and prison guards from wearing religious symbols. Coalition Avenur Québec Leader François Legault called the idea a “compromise.”

Indeed, the opposition is attempting to exploit divisions within the Liberal caucus itself. Liberal MNA’s from outside the Montreal area are worried that a failure to address the debate over religious accommodation could lead to their defeat in the 2018 election, just as it did in 2007. Hence, Mr. Couillard’s government reportedly considered adopting Bouchard-Taylor’s recommendations after the Jan. 29 mosque shooting. But the Premier ultimately could not stomach the idea. Prof. Taylor’s volte-face vindicates Mr. Couillard. But it is a small consolation for the Premier. A decade after Bouchard-Taylor, Quebec is still no closer to reconciling its religious past and present.

Source: Quebec can’t keep politics out of the identity debate – The Globe and Mail