Lisée reproche à Couillard de faire le procès des Québécois

Denial or identity politics?

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a livré une charge à fond de train, lundi, contre le gouvernement de Philippe Couillard, lui reprochant de mettre les Québécois au banc des accusés dans un procès sur le racisme.

M. Lisée réagissait à l’annonce, la semaine dernière, de la nomination d’un comité-conseil devant jeter les bases d’une consultation sur le racisme systémique.

M. Lisée a qualifié l’exercice de «procès en racisme qui va être organisé par l’État québécois contre les Québécois».

Selon le chef péquiste, le gouvernement libéral met en place tous les ingrédients pour faire ce qu’il appelle «une recette pour augmenter le racisme» en voulant se pencher uniquement sur le racisme et la discrimination, tout en refusant de mettre des balises sur les accommodements religieux et les signes religieux.

Le chef péquiste soutient qu’on ne peut «faire reculer le racisme au Québec» sans agir sur ces deux axes en parallèle.

Jean-François Lisée se dit convaincu qu’une consultation sur le racisme systémique ne pourra qu’«attiser le ressentiment de la majorité et soulever la colère de la minorité, parce qu’il y en a du racisme au Québec».

«Que ce soit M. [Justin] Trudeau avec son islamophobie, M. Couillard avec ses déclarations que tous ceux qui sont en désaccord avec lui alimentent la xénophobie, (…) cela fait partie d’un contexte qu’on essaie d’imposer aux Québécois pour les culpabiliser, les stigmatiser», a-t-il dit.

Immigration et religion: Lisée blâme l’inaction de Couillard

Lisée is like a gnat, buzzing around these issues and changing his positions regularly.

A bit rich to blame all Quebec’s integration challenges and issues on Liberal governments, given the role of the PQ in recent years of playing identity politics, one that Lisée has also participated in:

Le gouvernement Couillard est responsable de l’insatisfaction exprimée par plusieurs citoyens quant à l’intégration des immigrants et au port de signes religieux, estime le chef péquiste Jean-François Lisée.

Le chef du Parti québécois a été invité, lundi à Montréal, à commenter les résultats d’un sondage Crop réalisé pour le compte de Radio-Canada.

Ce sondage indique notamment qu’une majorité de gens pensent que le port de vêtements religieux devrait être interdit pour les éducateurs (66%), les personnes en autorité (76%) et les autres employés des services publics (67%).

De même, 57% des Québécois qui ont répondu au sondage jugent que les musulmans sont mal intégrés, soit 38% «plutôt mal» et 19% «très mal». Ils sont 7% à estimer qu’ils sont très bien intégrés et 35%, plutôt bien intégrés.

Interrogé à ce sujet lors d’une conférence de presse à Montréal, après son retour d’un voyage à saveur économique en Europe, M. Lisée a blâmé le gouvernement Couillard et les gouvernements libéraux précédents pour leur inaction en la matière depuis des années.

«Les Québécois sont impatients face à l’incapacité du gouvernement Couillard d’agir sur les signes religieux, sur les accommodements religieux», a conclu M. Lisée.

Il s’est par ailleurs dit heureux de constater que pour bien des questions du sondage, les Québécois ont offert des réponses similaires aux autres Canadiens.

Source: Immigration et religion: Lisée blâme l’inaction de Couillard | Lia Lévesque | Politique québécoise

Je suis un « sale multiculturaliste » – La Presse+

Jack Jedwab critiques some of the myths in Quebec about multiculturalism:

Dans un texte percutant, M. Cardinal trouve curieux l’emploi débridé de cette « insulte », car, selon lui, le multiculturalisme n’existe tout simplement pas à proprement parler au Québec. Il constate entre autres que l’ensemble des partis représentés à l’Assemblée nationale rejette le multiculturalisme, que les spécialistes en sciences sociales du Québec rejettent le multiculturalisme presque à l’unanimité, que la commission Bouchard-Taylor a rejeté le modèle multiculturaliste canadien parce qu’il aurait été « non adapté » à la réalité québécoise et que « la quasi-totalité des intervenants qui se sont exprimés lors des consultations Bouchard-Taylor rejette le multiculturalisme ».

Les deux derniers arguments de François Cardinal témoignent d’une certaine méconnaissance de l’opinion des dites « minorités ethnoculturelles et linguistiques » du Québec.

Un survol des mémoires présentés à la commission Bouchard-Taylor par les organismes issus des communautés culturelles révèle en effet que peu d’entre elles rejettent le multiculturalisme.

Quant à l’affirmation selon laquelle les spécialistes en sciences sociales du Québec rejettent presque unanimement le multiculturalisme, elle semble contredite par une courte visite à McGill ou à Concordia.

Est-ce que ceci veut dire que les Québécois francophones et non francophones sont divisés sur la question du multiculturalisme ? Pas vraiment. Peu d’enquêtes démontrent que les Québécois rejettent le multiculturalisme. Un sondage mené par la firme Léger Marketing en 2014 révèle que 53 % des Québécois sont d’accord pour dire que « le multiculturalisme canadien a eu un impact positif sur les minorités ethniques et religieuses », tandis que 56 % sont d’avis que « le multiculturalisme rassemble les gens plutôt que de les diviser ». Autour de 45 % des Québécois sondés pensent que le multiculturalisme canadien favorise « la cohésion sociale » et « permet aux immigrants d’adopter plus facilement les valeurs partagées ».

Ces résultats démontrent que nous sommes beaucoup plus ambivalents sur la question du multiculturalisme que ce que nos élus et certains universitaires souhaitent nous faire croire. Ce qui, bien sûr, ne veut pas dire que les Québécois n’ont pas de réserves ou d’inquiétudes par rapport au multiculturalisme, comme c’est d’ailleurs le cas dans d’autres provinces canadiennes.

M. Cardinal prétend qu’il existe une importante distinction entre multiculturalisme et pluralisme. C’est une distinction que peu de gens à l’extérieur des milieux universitaires peuvent saisir. En fait, le texte de M. Cardinal semble indiquer que, même chez nos intellectuels les plus brillants, les jugements que l’on porte sur les politiques et le programme du multiculturalisme ne sont pas souvent fondés sur des analyses concrètes. De fait, peu de gens savent que la plus récente incarnation de la politique multiculturelle du Canada vise les objectifs suivants :

• favoriser la compréhension interculturelle et interconfessionnelle ;

• encourager la commémoration et la fierté civiques ;

• promouvoir le respect des valeurs démocratiques fondamentales ;

• éliminer la discrimination, le racisme et les préjugés ;

• offrir aux jeunes des occasions d’engagement communautaire ;

• rassembler les gens au moyen de l’art, de la culture ou du sport.

Ces objectifs sont semblables à ce que le Québec propose en matière de gestion de la diversité. Pour sa part, M. Cardinal, sans même offrir de définition du multiculturalisme canadien, semble reprendre le refrain de certains universitaires québécois qui insistent sur les différences irréductibles entre multiculturalisme canadien et interculturalisme québécois.

Selon M. Cardinal, contrairement à la version canadienne du multiculturalisme, l’interculturalisme proposerait la reconnaissance d’une culture officielle et d’une langue commune. Notons qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de politique officielle de l’interculturalisme au Québec et qu’en matière de diversité, il n’y a pas non plus reconnaissance d’une culture officielle. Quant à la langue officielle du Québec, son statut n’a jamais été remis en question par la politique multiculturelle canadienne.

Malgré la volonté affichée par certains de rayer le mot multiculturalisme de notre vocabulaire, les débats autour de cette politique persistent et persisteront pour encore de nombreuses années parce que la réalité est plus forte que l’étiquetage des idées. Nous ne sommes par conséquent pas près de nous débarrasser des « sales multiculturalistes ».

Source: Je suis un « sale multiculturaliste » – La Presse+

La laïcité déculottée [Pelletier on Charles Taylor’s revisiting Bouchard-Taylor recommendations]

Good piece by Francine Pelletier on the further reflection of Charles Taylor:

Mais où commencer ? Les malentendus sont nombreux et combien enchevêtrés ! D’abord, cette notion voulant que la Révolution tranquille ait transformé le Québec en terre de la laïcité. Oui, la province s’est rapidement sécularisée dans les années 60 ; il y a eu une grande « perte d’influence de la religion », pour ne rien dire de la déconfessionnalisation des écoles. Mais la laïcité implique une séparation de l’Église et de l’État autrement plus pointue, une qui passe par l’ordre juridique et qui aurait exigé, excusez-moi de le souligner à gros traits, le retrait du crucifix à l’Assemblée nationale.

La laïcité comporte un deuxième volet, plus important encore : la neutralité de l’État. Contrairement aux interprétations souvent véhiculées, cela n’implique pas une désaffection religieuse. Loin de récuser, la neutralité « accueille » toute religion seulement sans favoritisme ni parti pris. Comme le suggère le sociologue belge Marc Jacquemain, il ne s’agit pas  d’une valeur en soi, mais d’un dispositif qui garantit une valeur, celle de la liberté de pensée et de religion. L’important n’est pas la neutralité ni l’absence de religion, en d’autres mots, mais bien la liberté de conscience. La possibilité pour chacun d’entre nous de vivre selon ses croyances, en toute liberté. Pour que ce foisonnement individuel puisse se réaliser, l’État, lui, doit offrir une page blanche.

Rien de ça n’a été officiellement discuté, encore moins légiféré, sous le gouvernement Lesage. Il ne l’a pas été beaucoup plus lors de la commission Bouchard-Taylor qui, de toute façon, se penchait sur un à-côté de la laïcité, les accommodements religieux. Les commissaires ont beau avoir inscrit la notion de « laïcité ouverte » dans leur rapport, celui-ci, on le sait, a été grossièrement tabletté. La notion n’a donc guère de sens pour l’ensemble des Québécois aujourd’hui. Si elle avait été bien comprise, aurait-on fait un tel gâchis de la « charte des valeurs » cinq ans plus tard ?

La législation proposée par le gouvernement Marois offrait un premier exercice, en bonne et due forme, sur la laïcité. À la bonne heure. Mais plutôt que de discuter de la neutralité de l’État et du type de laïcité que nous voulions, le débat s’est enlisé sur la question de l’identité nationale. C’est la raison pour laquelle l’exercice a été rapidement rebaptisé « charte des valeurs québécoises ». Il ne s’agissait pas d’établir rationnellement, juridiquement, le « rapport entre le politique et le religieux » ; il s’agissait de dire ce qu’on ne tolérait pas au Québec. C’est chaque fois, en fait, la même chose. Que ce soit dans la foulée de la Révolution tranquille, du « code de vie » d’Hérouxville ou de la charte des valeurs, le sentiment antireligieux, la hantise du passé prennent le dessus et dictent les résultats.

Comme le note Marc Jacquemain, il n’y a que la France qui opte pour cette laïcité dite républicaine, nourrie de suspicion envers la religion (Révolution française oblige) et où, au nom d’une supposée cohésion sociale, on a comme mission « l’émancipation » du croyant. Or, le type de laïcité proposée par MM. Bouchard et Taylor, aussi appelée laïcité libérale, est aux antipodes de cette laïcité française où, plutôt que de défendre « le droit de l’individu face à l’État » on défend « le droit (et même le devoir) de l’État de défendre l’individu face à la religion ».

Ce qui nous amène au consensus que M. Taylor aurait malencontreusement fait voler en éclats, celui d’interdire aux juges, magistrats et policiers le port de signes religieux.

D’abord, est-ce vraiment une victoire d’ériger ce principe en loi alors qu’on ne comprend guère sur quoi une telle restriction repose ? Il s’agit, après tout, de bafouer les droits fondamentaux de certains individus. La « neutralité d’apparence » en vaut-elle vraiment la chandelle ? Je suis plutôt disposée à le croire, mais je trouve suspect qu’on veuille applaudir seulement à ce qui restreint ici les droits individuels alors que c’est silence radio sur ce qui garantirait leur épanouissement. Plutôt qu’un geste réfléchi en vue d’une laïcité réelle, un tel consensus n’agit-il pas plutôt comme un gros diachylon sur la plaie béante de l’identité nationale ?

Charles Taylor a raison de nous forcer à y réfléchir à deux fois.

Port de signes religieux: Taylor plombe un compromis possible, déplore Bouchard 

Always interesting to listen to both Taylor and Bouchard, both when they agree and when not. But the focus on the concrete mentioned at the end of this article indicates a strong convergence of views:

Le Québec a raté une occasion unique de mettre derrière lui le débat sur le port de signes religieux. En désavouant la solution mise de l’avant dans son propre rapport, Charles Taylor a coupé les ailes au consensus qui se dessinait entre les partis politiques, déplore Gérard Bouchard qui, avec M. Taylor, avait coprésidé la commission sur les accommodements reliés aux différences culturelles.

Avec la prise de position étonnante du philosophe Taylor, «le Québec risque d’être une autre fois enfoncé dans l’âcre querelle qui le divise depuis une quinzaine d’années », observe M. Bouchard dans une lettre publiée demain dans la section Débats de La Presse+. «Pour ma part, j’endosse toujours cette proposition», tranche M. Bouchard.

M. Taylor soutient intervenir pour contribuer à la réconciliation des opinions sur cette question délicate. Or, estime M. Bouchard, cette intervention aura « contribué à mettre en échec [la réconciliation] qui émergeait entre les partis politiques et qui a été rendue possible parce que d’importants éléments de consensus étaient présents dans la population ».

En désavouant cet élément de son rapport de 2008, M. Taylor risque de provoquer «l’échec du projet de consensus, dénonce son collègue Bouchard. Les jeux sont à nouveau ouverts. Il est probable que le PQ et la CAQ voudront maintenant reprendre leurs billes». Avec cette occasion ratée, prédit-il, «le débat sur les signes religieux est relancé au moins jusqu’aux prochaines élections, et peut-être au-delà».

Le sociologue du Saguenay était injoignable depuis que son partenaire Taylor avait, dans une lettre à La Presse, annoncé qu’il n’appuyait plus la recommandation formulée dans leur rapport en 2008. Il avait eu vent que son collègue s’apprêtait à rendre publique sa volte-face.

Les deux intellectuels proposaient alors d’interdire le port de signes religieux visibles aux représentants de l’État exerçant un pouvoir de coercition sur les autres citoyens. Ainsi les juges, les procureurs de la Couronne de même que les policiers et les gardiens de prison n’auraient pu afficher leur confession en portant une croix, une kippa ou un voile, par exemple. Pour Gérard Bouchard, cette formule «s’était progressivement posée, aux yeux de nombreux Québécois, comme l’assise à partir de laquelle on pourrait ériger un consensus. Cet horizon est maintenant compromis».

M. Taylor jugeait que, depuis la publication du rapport, le contexte avait changé et que le débat soulevé par cette question avait entraîné des gestes malheureux à l’endroit de la communauté musulmane. Ce revirement avait comblé d’aise le premier ministre Couillard qui, rapidement, revint à sa position – totale liberté pour le port de signes religieux à la condition que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert.

Au passage, M. Bouchard écorche la position de Philippe Couillard qui, opposé à la «discrimination vestimentaire», prône l’absolue liberté quant au port de signes religieux.

Or, le projet de loi 62 proscrit le niqab, le voile qui couvre le visage, «une contradiction flagrante» dans la position du gouvernement, observe M. Bouchard. M. Couillard a déjà fait valoir que des questions d’identification, de sécurité, commandaient que les services soient offerts et reçus à visage découvert.

L’interdiction du rapport Bouchard-Taylor, limitée à quelques «agents exerçant une fonction tout à fait exceptionnelle», «se défendait bien sur le plan juridique», estime le sociologue, rappelant que des juristes avaient été consultés avant la publication du rapport en 2008. «Nous sommes loin d’une attaque directe contre les musulmans ou du projet de charte des valeurs, comme on l’a prétendu» dit-il.

Les «dissensions persistantes sur les signes religieux» vont rester. Il convient maintenant «d’oeuvrer énergiquement » à d’autres tâches, la lutte contre la discrimination, la destruction des stéréotypes, et « vider enfin le panier de crabes des accommodements [qui posent toujours un gros problème pour les deux tiers des Québécois]». Le gouvernement Couillard semble se montrer plus actif dans cette direction, se réjouit en conclusion Gérard Bouchard.

Source: Port de signes religieux: Taylor plombe un compromis possible, déplore Bouchard | Denis Lessard | National

Quebec can’t keep politics out of the identity debate

Depressing how the cycle repeats itself:

Now, even Prof. Taylor agrees. Conceding that he never really believed in his report’s principal recommendation – that individuals invested with the “coercive” powers of the state be prohibited from wearing religious symbols – the esteemed philosopher said this week that the events of the past decade have convinced him that Quebec should abandon the idea of legislating in this area altogether. Any such law would probably be unconstitutional anyway. More important, the stigmatization of the province’s Muslim minority in the debates that followed his report, and the subsequent Parti Québécois government’s attempt to adopt a charter of Quebec values that would have extended the ban on religious symbols to all state employees, gave licence to a xenophobic minority of Quebeckers to act on their discriminatory views, Prof. Taylor said.

The 85-year-old philosopher concluded that the recent attack on a Quebec City mosque that left six worshippers dead prompted a rare expression of solidarity that must not be squandered by reopening divisive debates over Muslim headgear. It’s time for Quebec to move on – and heal.

Unfortunately, Prof. Taylor’s words of wisdom will be all but ignored, in part because the co-author of the Bouchard-Taylor report profoundly disagrees with them. For Prof. Bouchard, a sociologist and the brother of former PQ premier Lucien Bouchard, it is precisely the failure of politicians to act on his report’s recommendations that led to an increase in hate crimes and discriminatory attitudes toward Muslims. For him, it’s “urgent” to legislate the rules of religious accommodation now to prevent this debate from boiling over again in the future.

Prof. Bouchard’s point of view reflects one of his report’s fundamental observations. Though a majority in their home province, francophone Quebeckers with Catholic roots still consider themselves a threatened minority and expect newcomers to understand this. “What’s just happened in Quebec,” the 2008 report noted, “gives the impression of a face-to-face between two minorities, each asking the other to accommodate it… We can conclude that Québécois of French-Canadian ascendance are still not very comfortable with the cumulation of their two statuses – majority in Quebec, minority in Canada and North America.”

A decade later, not much has changed. The current Liberal government of Premier Philippe Couillard, which depends on the overwhelming support of the province’s anglophone and immigrant populations to win elections, once again finds itself awkwardly trying to prevent an unresolved identity crisis from again becoming a political one. It has proposed legislation establishing the parameters of the state’s religious neutrality that would ban face coverings among those who dispense or receive government services.

The opposition PQ and Coalition Avenir Québec naturally think the Liberal legislation is too timid and, barely a week after the Quebec City shooting, said they would only support it if it also included Bouchard-Taylor’s proposal to ban police officers, judges and prison guards from wearing religious symbols. Coalition Avenur Québec Leader François Legault called the idea a “compromise.”

Indeed, the opposition is attempting to exploit divisions within the Liberal caucus itself. Liberal MNA’s from outside the Montreal area are worried that a failure to address the debate over religious accommodation could lead to their defeat in the 2018 election, just as it did in 2007. Hence, Mr. Couillard’s government reportedly considered adopting Bouchard-Taylor’s recommendations after the Jan. 29 mosque shooting. But the Premier ultimately could not stomach the idea. Prof. Taylor’s volte-face vindicates Mr. Couillard. But it is a small consolation for the Premier. A decade after Bouchard-Taylor, Quebec is still no closer to reconciling its religious past and present.

Source: Quebec can’t keep politics out of the identity debate – The Globe and Mail

L’intérêt des principes: Michel David on Bill 62

While I prefer the narrow approach of PM Couillard, recognize the validity of David’s arguments given the opposition consensus. I also remain sceptical that the CAQ and PQ will not be tempted by identity politics in the next election:

En politique, il est facile de confondre ses principes et ses intérêts. Le compromis auquel en sont arrivés le PQ, la CAQ et Québec solidaire, dont les positions ont longtemps paru inconciliables, aurait le mérite de mettre un terme, au moins temporairement, à un débat qui a trop duré. En se montrant aussi intransigeant, M. Couillard donne plutôt l’impression de vouloir le poursuivre.

Le premier ministre dit vouloir empêcher une « dérive discriminatoire » qui, après les policiers et les juges, étendrait l’interdiction du port de signes religieux aux enseignants et éventuellement aux baigneuses. Précisément, si l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité un projet de loi traçant clairement la ligne, un nouveau gouvernement y penserait à deux fois avant de rouvrir la boîte de Pandore.

En refusant toute concession, M. Couillard fait en sorte que le débat s’envenime au cours des prochains mois et que la prochaine campagne électorale donne lieu à une surenchère qu’il se fera un devoir de dénoncer avec la dernière énergie. En raison de ses principes, bien entendu.

Comme pour mieux faire traîner les choses, le gouvernement a décidé d’accorder la préséance au projet de loi 98, qui vise à réglementer les ordres professionnels, mais dont il a soudainement découvert qu’il pouvait favoriser l’intégration des immigrants au travail. L’étude du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État risque donc d’être reportée à l’automne, alors qu’on entrera dans l’année électorale. Avec un peu de chance, tout devrait alors être en place pour un nouveau psychodrame.

Source: L’intérêt des principes | Le Devoir

Une bénédiction pour Couillard | Charles Taylor on Bill 62

Nothing wrong with either remaining in favour of this recommendation in favour of banning religious symbols for police and judges, as Gérard Bouchard, or having second thoughts as Charles Taylor. IMO, Taylor is more attuned to the continued risks of divisiveness of expanding the relatively narrow focus of Bill 62 on face-coverings:

Une volte-face comme une bénédiction pour le gouvernement libéral. Contrairement à ce qu’il soutenait dans le rapport de la commission sur les accommodements raisonnables, le philosophe Charles Taylor a déclaré publiquement qu’il ne croit plus qu’il faut interdire le port de signes religieux, notamment pour les policiers et les juges. De la musique aux oreilles du premier ministre Philippe Couillard, qui a réaffirmé qu’il n’entendait pas légiférer sur le sujet.

Les libéraux rejettent ainsi tout compromis avec les partis d’opposition, qui s’étaient pourtant montrés ouverts à appuyer le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État s’il contenait une disposition empêchant le port de tout signe religieux pour les personnes détenant une fonction « coercitive » ou en situation d’autorité. « Nous, on a toujours été opposés à la discrimination vestimentaire. Ce n’est pas la première fois que je le dis ce matin. […] Je crois que ça permet de constater que, quand on a des principes, il faut s’y tenir », a affirmé Philippe Couillard.

Dans une entrevue à Radio-Canada, M. Taylor a dit qu’il était conscient qu’il intervenait dans un débat politique, confortant du même coup le premier ministre dans sa décision. « Si j’avais une intention politique, c’était d’éviter qu’on accepte ce compromis, oui, justement parce que j’y voyais un grand danger. Le but, auquel je tiens de façon passionnée, c’est que les gens commencent à se rallier et à se comprendre. Et j’ai dû intervenir », a-t-il expliqué.

Même s’il en faisait la recommandation dans le rapport Bouchard-Taylor, déposé il y a neuf ans, le philosophe croit aujourd’hui qu’il est « dangereux » de légiférer pour interdire le port de signes religieux, car cela risque « d’exclure les immigrants de certaines zones »« Maintenant, non seulement je vois que cette distinction n’est pas importante […] mais je vois les conséquences de mener ces débats. Il y a des conséquences très sérieuses. Ça crée un effet de stigmatisation. » Un effet qui, selon lui, doit être évité à tout prix dans le contexte du nouveau gouvernement de Donald Trump et celui de la fusillade à la mosquée de Québec. « Ne rouvrons pas les plaies », a-t-il écrit dans une lettre ouverte publiée mardi.

Avec cette sortie publique, M. Taylor marque son désaccord avec son collègue et coprésident de la Commission, Gérard Bouchard. Celui-ci avait précisé à maintes reprises qu’il était important, voire « urgent », de légiférer sur la question. Ce dernier n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue. « On n’a jamais vraiment été d’accord là-dessus, parce que pour lui c’était une question de principe, pour moi, plutôt une question de conjoncture. Mais je l’estime beaucoup et je suis d’accord avec lui pour tout le reste du rapport », a dit M. Taylor en entrevue à Radio-Canada.

Source: Une bénédiction pour Couillard | Le Devoir

Globe’s coverage:

Charles Taylor, a leading Canadian intellectual who has been described as one of the world’s greatest living philosophers, said such a ban raises the possibility of stigmatizing the Muslim community. Mr. Taylor was, along with academic Gérard Bouchard, co-chairman of a high-profile commission on reasonable accommodation that recommended in 2008 that figures of coercion in Quebec be prevented from wearing symbols of their faith.

Those figures include police officers, judges, prison guards and prosecutors.

However, Mr. Taylor has now said he has changed his mind. In an unusual move, he has disavowed a key section of his report.

“I did sign the report where this recommendation appears; but nine years later, I no longer endorse it,” he wrote in La Presse.

The mosque attack in Quebec City that claimed the lives of six Muslim worshippers last month created a new context, said Mr. Taylor, an emeritus philosopher at McGill University. Quebec has just started to close the divisions left by the acrimonious debate over the Parti Québécois’s Charter of Values, which would have banned religious headwear in the public service. That debate stigmatized some minorities and even led to verbal and physical assaults against women wearing head coverings, he said.

Quebeckers have now started to rally together in the wake of the mosque assault.

“I believe we cannot afford the luxury of taking new steps that would renew the stigmatization, regardless of the good intentions of some of their defenders,” Mr. Taylor wrote, in French. “Let’s not reopen the wounds. Let’s leave all the room to a time of reconciliation.”

He admitted his stance puts him at odds with Mr. Bouchard, who has pushed for the figures-of-authority ban on a matter of principle. “We disagree,” Mr. Taylor told an interviewer Tuesday about his former co-chairman. “We were never entirely in agreement.”

Quebec is in the throes of yet another discussion over the place of religion in the public realm because the Liberals have introduced Bill 62, legislation that would forbid people from giving or receiving public services with their faces covered. The government presents it as a matter of security and communication.

The opposition Parti Québécois and Coalition Avenir Québec have said they want the bill to include a headwear ban for authority figures.

Mr. Couillard argues that such a step would amount to “clothing discrimination.” He hinted on Tuesday he might propose changes to Bill 62, but has given no indication he is prepared to withdraw it.

Quebec’s Couillard rejects push for ban on officials’ religious headwear

Dix ans après Bouchard-Taylor, tant reste à faire

Good summary by journalists Stéphane Baillargeon, Robert Dutrisac
and Lisa-Marie Gervais:

Québec annonçait il y a dix ans la formation de la commission Bouchard-Taylor. Les deux présidents livrent leur bilan et Le Devoir constate les retards et les échecs dans l’application de plusieurs recommandations centrales.

La « réalité alternative » a la cote par les nouveaux temps trumpiens qui courent, mais les faits sont têtus. Les faits disent, par exemple, que l’organisme Ensemble pour le respect de la diversité, qui fait la promotion du respect des différences, ne reçoit à peu près plus rien de l’État québécois.

Deux ministères (Éducation et Affaires autochtones) fournissent maintenant 4 % des quelque 630 000 $ du budget annuel de fonctionnement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec (le MIDI) fournit par contre 30 000 $ par année pour deux ans pour un projet de lutte contre la radicalisation.

Nous sommes contents d’avoir du soutien pour les petits projets, mais notre mission n’est pas appuyée

« Nous avons subi une baisse énorme », résume Marie-Ève Paiement, qui assume l’intérim à la direction de l’organisme montréalais, qui, en 20 ans, a donné plus de 10 000 ateliers, visité 965 écoles, rencontré près de 340 000 jeunes du Québec et du Canada. « La recommandation qui nous concerne dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor n’a malheureusement pas été appliquée, dit-elle. Nous sommes contents d’avoir du soutien pour les petits projets, mais notre mission n’est pas appuyée. »

En 2004, la Fondation pour la tolérance (l’ancien nom d’Ensemble pour la diversité) tirait le tiers de ses revenus des subventions au fonctionnement. C’était avant la commission Bouchard-Taylor et avant que son rapport de 2008 recommande précisément d’augmenter le soutien financier à ce genre d’organisme et à la Fondation en particulier.

Un autre exemple ? La commission recommandait aussi « d’accorder une attention particulière à la Capitale-Nationale de façon à en faire un deuxième pôle métropolitain d’accueil des nouveaux venus ». Vérification faite, le MIDI a annulé le fonds d’aide à la régionalisation des immigrants il y a trois ans.

« Le Québec est la seule province au Canada où la population immigrante s’installe presque exclusivement dans sa métropole, dit Jean-Luc Gélinas, du Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail (SOIT) de Québec. Les professionnels immigrés ne vont pas là où sont les emplois : ils se dirigent presque tous vers Montréal, où ils ne sont pas assurés de trouver du travail en fonction de leurs compétences et de leur formation. »

Le document déposé en 2008 listait 37 recommandations. Dès novembre 2009, un an après le dépôt du rapport, des porte-parole gouvernementaux affirmaient que 80 % des recommandations avaient fait l’objet d’un suivi.

Jusqu’au départ du premier ministre Jean Charest en 2012, le directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephan Reichhold, produisait un « Bulletin de performance » pour suivre l’application des recommandations. Il évaluait en 2010 que 6 % des stratégies proposées étaient concrétisées. « Je ne penserais pas que ç’a ait beaucoup changé », dit-il au Devoir.

Dans un article publié en 2014 dans le livre L’interculturel au Québec (PUL), le sociologue François Rocher, de l’Université d’Ottawa, estimait pour sa part qu’environ le tiers (37 %) des recommandations avaient été mises en oeuvre. La note positive n’était accordée qu’à 7 des 24 plans jugés prioritaires.

Bref, les bilans ne semblent pas très favorables, et les deux présidents eux-mêmes trouvent aussi, dans les entrevues accordées au Devoir, que les choses traînent.

Le professeur Gérard Bouchard fait directement référence à ce bilan très mitigé. Charles Taylor souligne que deux secteurs concrets font particulièrement défaut, celui de la reconnaissance des compétences et des diplômes et celui de l’intégration comme telle.

Les vérifications effectuées par Le Devoir au sujet d’une dizaine de recommandations décrites comme prioritaires il y a dix ans pointent aussi vers du laxisme, des lacunes, voire des régressions.

Interculturalisme et laïcité. La commission demandait que le modèle de l’interculturalisme soit inscrit dans une loi. Ce modèle diffère du multiculturalisme en ce sens qu’il met l’accent sur la diversité, mais autour d’un noyau francophone. Les commissaires proposaient également l’adoption d’un livre blanc afin de lancer une vaste consultation sur la laïcité dite ouverte.

Dix ans plus tard, il n’y a pas de loi sur l’interculturalisme, pas plus que de livre blanc. Nous en sommes à la quatrième mouture de projets de loi qui ont voulu circonscrire la laïcité — les libéraux préfèrent la notion plus canadian de neutralité religieuse de l’État — et les accommodements religieux. Toutes ces tentatives furent vaines sauf, évidemment, le projet de loi 62, dont on a retardé l’étude en commission parlementaire en raison du climat actuel teinté par l’attentat.

Intégration des immigrants. Le souhait était d’intensifier « la reconnaissance des compétences et des diplômes acquis à l’étranger ». Yann Hairaud, directeur général de la Clef pour l’intégration au travail des immigrants de Montréal (CITIM), juge qu’« il n’y a pas eu de suite à cette recommandation » malgré quelques efforts notables, dont la mise en place d’un mécanisme de traitement des plaintes des décisions prises par les ordres professionnels. Ce problème concerne environ un immigrant au Québec sur dix, soit plus ou moins 4500 personnes par année.

Le Québec compte 46 ordres qui réglementent la profession de plus de 385 000 membres. Une dizaine d’entre elles (dont les médecins, les ingénieurs ou les infirmières) totalisent 80 % des demandes de reconnaissance, avec des taux d’acceptation très variables. Les obstacles viennent par exemple des coûts imposés pour les examens, de la difficulté de trouver des formations d’appoint ou des stages.

Inégalités et discriminations. Les commissaires ont conclu que l’État devrait porter une attention particulière à la lutte contre les crimes haineux et a exigé plus de ressources et de moyens pour les organismes de lutte contre la discrimination, notamment à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Or, si le budget annuel est resté stable (environ 15 millions de dollars), 33 postes ont été abolis, passant de 161 à 128 (équivalents à temps complet) au cours des dix dernières années. Un service-conseil en matière d’accommodements raisonnables a été mis en place en 2008 pour aider les décideurs.

Pratiques d’harmonisation. Une attention particulière devait être portée à la déjudiciarisation du traitement des demandes d’accommodement ou de la formation des enseignants. Ces formations, qui datent d’avant la commission, sont toujours aussi nombreuses

« Peut-être que, dans les commissions scolaires en région, où l’immigration est plus récente, il y a plus de besoins », dit Marie McAndrew, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal et spécialiste des questions de multiethnicité. « Mais dans les grosses commissions scolaires, à Montréal, […] c’est clair que l’expertise est là. »

Source: Dix ans après Bouchard-Taylor, tant reste à faire | Le Devoir

Lisée veut «aller plus loin» pour séduire les communautés culturelles

Given that Lisée has been all over the map on identity issues and ethnic groups, hard to see this ‘seduction’ succeeding:

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, souhaite «aller plus loin qu’avant» pour séduire les communautés culturelles et il croit que sa proposition de ne pas faire de référendum dans un premier mandat risque de l’avantager en ce sens.

Le fait qu’on n’ait pas décidé de tenir de référendum dans le premier mandat est une façon de détendre l’atmosphère», a expliqué M. Lisée, en point de presse, dimanche après-midi, à Montréal.

Le chef du PQ a rencontré les médias pour discuter de son plan d’action qui vise à attirer dans le giron péquiste les Québécois issus de l’immigration, un électorat qui a tendance à voter davantage pour le Parti libéral du Québec (PLQ).

Pour ce faire, il a confié le mandat à sa conseillère spéciale en matière de diversité, Évelyne Abitbol, de tenter de tisser des liens avec ces électeurs. Carole Poirier, la whip en chef du PQ et porte-parole sur l’immigration et les communautés culturelles, s’occupera pour sa part à mobiliser les membres et ses collègues députés sur cette question.

«Pendant la campagne au leadership, Jean-François a réuni une vaste coalition de la diversité. Cette vaste coalition, il faut maintenir ces liens et la rendre active», a soutenu Mme Poirier.

Selon le chef du Parti québécois, le fait de mettre le référendum de côté pendant quatre ans permettra au parti d’accueillir plus de communautés culturelles, qui seront plus réceptives à ses messages.

«Il y a des gens qui sont d’accord avec nous, mais qui ne nous connaissent pas assez (…) Nous, on a décidé de ne pas en tenir (de référendum), alors est-ce qu’on peut ouvrir les portes, les oreilles, les conversations? On pense qu’il va y avoir plus de fluidité», a-t-il expliqué.

M. Lisée estime que certains de ces électeurs ne connaissent pas assez bien de son parti parce qu’ils se font toujours dire par le PLQ qu’un vote pour le PQ équivaut à un vote contre le Canada.

Le chef du PQ ne s’est pas avancé sur ce qui a pu nuire à son parti par le passé auprès des communautés culturelles, mais il dit vouloir profiter du vent de changement amené par la récente course à la direction.

«Cette curiosité et cette présence de beaucoup de membres de la diversité dans ma campagne, dans celle d’Alexandre (Cloutier), de Martine (Ouellet) et de Véronique (Hivon), pour moi, c’est un fait nouveau intéressant. Il faut miser là-dessus», a-t-il souligné.

Interrogé sur la possibilité que le PQ ravive la Charte des valeurs de l’ancien gouvernement Marois sur laquelle il avait été très critiqué, M. Lisée a fait valoir que ses propositions sur laïcité étaient beaucoup plus «pragmatiques» et «ouvertes» que l’ancienne politique prônée par son parti.

«C’est clair que notre message est plus attrayant pour les membres de la diversité qui ont une vision plus laïque sur l’avenir du Québec et ils sont très nombreux», a-t-il soutenu en anglais.

Le Parti québécois affirme qu’il mettra en place une «série d’actions» dans les prochaines semaines, ce qui inclut la création d’un comité pour la diversité dans les instances du parti.