La diversité dans l’angle mort du milieu littéraire québécois: Dawson

Valid commentary and critique by Nicholas Dawson. My sense is that English Canada has better representation of immigrant and visible minority writers:

Pendant le Salon du livre de Québec, la revue Les Libraires a invité dix auteurs à constituer « la bibliothèque idéale », exercice fort amusant dont l’intention était d’encourager des lectures diverses. Toutefois, parmi ces dix « invités de marque », aucun n’était racisé, comme quoi la diversité ethnique demeure un angle mort important dans le milieu littéraire québécois.

Ce type d’omission se reproduit régulièrement. Pour souligner leur dixième anniversaire, les éditions Héliotrope, qui publient des auteurs de grand talent et qui privilégient les voix plurielles (dont celle des femmes et des personnes queer), ont publié sur Facebook une mosaïque de photos présentant les visages tous blancs de ces « voix singulières ». On retrouve la même homogénéité parmi les finalistes des catégories roman, poésie et hors Québec du Prix des libraires, dont le jury n’est également composé que de personnes blanches. L’an dernier, ce même prix n’a été décerné qu’à des femmes, ce dont on doit absolument se réjouir, mais aussi toutes blanches. Il y a quelques visages non blancs parmi les « 100 poètes québécois » recensés par la revue Les Libraires pour la Journée mondiale de la poésie, mais ils se comptent sur les doigts d’une seule main.

Ce ne sont que quelques exemples parmi une pléthore de listes d’auteurs blancs qu’on dresse dans des palmarès, recommandations et recensements, parfois célébrant une « diversité » du paysage littéraire québécois qu’on limite souvent à la parité entre hommes et femmes. Devant ces omissions répétées, j’ai pourtant eu l’instinct de me taire. C’est que je suis un jeune auteur québécois d’origine chilienne, actif dans le milieu mais qui n’a publié qu’un seul livre, avec un deuxième en cours de publication. C’est mon milieu ; on pourrait facilement me reprocher de « prêcher pour ma paroisse », de me faire du « capital symbolique sur le dos des minorités », voire de « jouer la victime ». Ces arguments visent à dépolitiser l’enjeu, l’individualiser, comme si une personne racisée qui crie au racisme ne parlait, au final, que pour son propre intérêt. Pourtant, dans un si petit milieu, certes ouvert d’esprit et sensible, mais où tout le monde se connaît et où les contacts sont légion, de telles démagogies sont efficaces.

Oser prendre la parole

Bref, il y a un problème de représentativité ethnique dans notre milieu littéraire québécois ; les maisons d’édition, les revues, les journaux, les enseignants et les institutions semblent encore relayer la responsabilité aux personnes racisées qui, peu nombreuses et isolées, risquent gros quand elles osent prendre la parole.

[…]. L’enjeu étant très peu soulevé par des gens en position de pouvoir dans ce milieu, les personnes non blanches se retrouvent seules à jouer le rôle de la police ethnique, comme si l’enjeu ne leur appartenait qu’à elles. Pourtant, il s’agit d’un problème qui concerne tout le monde. Célébrer et encourager la diversité ethnique dans la production artistique nationale, c’est non seulement représenter tous les groupes qui constituent notre société, mais surtout contribuer à réduire l’hégémonie des voix majoritaires en permettant aux voix minorisées de les influencer. Pour ce faire, la sous-représentation des personnes non blanches doit être décriée par tous, sans quoi la voix minoritaire, qu’elle soit littéraire ou révoltée, demeure un chuchotement affectant peu les autorités blanches qui ont le beau jeu de garder le silence.

Pour ce faire, il faut d’abord se responsabiliser en reconnaissant ses angles morts, premier pas primordial dont parlent Martine Delvaux et Carole David dans un magnifique article qu’elles ont rédigé pour la revue À bâbord à la suite d’une conférence « autour d’une table ronde sur les femmes et la littérature », événement qui a reçu des critiques parce que les invitées étaient blanches. Une fois cet angle mort reconnu, les personnes en position de pouvoir possèdent les outils pour affronter les questions difficiles : pourquoi les personnes non blanches envoient-elles moins de manuscrits ? Pourquoi sont-elles si peu nombreuses à étudier ou à enseigner la littérature ? Qu’est-ce que les institutions peuvent faire de plus pour, d’une part, attirer les personnes non blanches à prendre part à la production littéraire québécoise et, d’autre part, pour mieux s’adapter aux réalités des minorités dont les langues, les structures et les pratiques ne correspondent pas toujours aux codes dominants ?

Pour répondre à ces questions, je fais donc appel à ces personnes en position d’autorité — éditeurs, journalistes, enseignants — pour qu’elles écoutent d’abord les voix minorisées qui soulignent ce problème blanc auquel plusieurs semblent aveugles. Mais surtout, j’appelle à ce que ces personnes blanches reconnaissent leur hégémonie pour qu’elles cessent de « porter le visage de l’innocence », comme le disent si bien Delvaux et David. Ainsi, en prenant part au débat, elles contribueront à faire de notre milieu littéraire ce qu’il devrait être : un espace de discussion, autoréflexif et politique, qui n’abandonne pas dans des angles morts les personnes minorisées.

Source: La diversité dans l’angle mort du milieu littéraire québécois | Le Devoir

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About Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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