L’État rate Latin American cible: La campagne publicitaire du ministère de l’Immigration fait rager des membres du comité consultatif sur la radicalisation

When advertising campaigns get it wrong:

« Assimilationniste »« négationniste », pleine de « clichés ». La campagne sur la diversité lancée lundi par le ministère de l’Immigration du Québec choque des leaders de la communauté musulmane. Au moins l’un d’eux, invités à siéger à une table de travail sur la prévention de la radicalisation, a annoncé son départ et d’autres songent à le faire, jugeant leur rôle inutile au sein de ce comité consultatif, a appris Le Devoir.

« La campagne me semble tout à fait grossière compte tenu de la responsabilité du ministère », a déclaré Haroun Bouazzi, président de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL-Québec). « D’un côté, on a la négation du racisme et de l’autre, la discrimination est abordée du bout des lèvres. » Furieux, ce Canado-Tunisien a quitté la Table de travail intersectorielle sur la prévention de la radicalisation menant à la violence, à laquelle il siégeait bénévolement à la demande du ministère de l’Immigration (MIDI), aux côtés d’une dizaine d’autres leaders de la communauté musulmane.

Au coût de 1,2 million, la première phase de la campagne « Ensemble, nous sommes le Québec » qui se déploiera sur cinq ans consiste pour l’instant en deux capsules vidéo, tournées par le réalisateur Ricardo Trogi et diffusées à la télé et sur Internet. Misant sur des modèles d’intégration réussis, on y voit le joueur de soccer de l’Impact Patrice Bernier, un Haïtien d’origine né à Longueuil, et la productrice et animatrice Alexandra Diaz, une Chilienne qui a grandi au Québec, parler de leur expérience d’immigrant de façon positive, faisant allusion aux jokes de Rock et Belles oreilles, au hockey et à la tarte au sucre.

« Le bon immigrant, dépeint par les deux publicités, ne doit pas seulement apprendre le français, il doit aussi connaître toutes les répliques de RBO par coeur. Le bon racisé ne doit pas se contenter d’être un bon joueur de soccer (le sport le plus pratiqué au Québec), il doit aussi savoir jouer au hockey », a déploré M. Bouazzi dans une lettre coup de gueule envoyée au MIDI.

Vernis interculturel

Siégeant également à cette table intersectorielle, Bochra Manaï, professeure et spécialiste d’études urbaines à l’Université d’Ottawa, croit que la campagne du ministère rappelle celles des années 1980-1990, où le Québec faisait encore du « vernis interculturel »« Ça me fait penser à [la vidéo] pour le 375e de Montréal, c’est complètement à côté de la plaque, dit-elle. Si, politiquement, on continue à faire dans le très superficiel, c’est qu’on ne comprend rien à l’époque dans laquelle on vit ». Elle appelle à plus de « courage » de la part du gouvernement. « Je ne vois pas qui on peut vraiment choquer aujourd’hui en faisait une pub d’un immigrant qui dit qu’il a du mal à se trouver une job parce qu’il s’appelle Mohamed », soutient Mme Manaï.

Ève Torrès, coordonnatrice de La Voie des femmes, s’étonne aussi que le gouvernement soit à ce point « frileux » en lançant une campagne aussi consensuelle. « On se moque de nous, s’indigne-t-elle. Nous, on pensait que le message était passé et qu’il y avait vraiment un éveil, une compréhension des enjeux et une envie de collaborer. Mais même après toutes ces années de collaboration des communautés, il n’y a rien qui sort. »

La professeure à l’UQAM, Maryse Potvin est d’avis que le gouvernement donne l’impression qu’il n’est pas à l’écoute. « Il semble ne pas entendre les voix qui lui demandent de prendre en charge certains problèmes de discrimination. Il fait simplement montrer des gens bien intégrés qui sont heureux d’être ici […] les gagnants, constate-t-elle. Le vivre-ensemble, c’est aussi être conscient qu’il y a des gens qui sont rejetés dans la société et dire un peu plus comment on va faire et ce qu’on a mis en oeuvre pour les aider. »

Exclus de la discussion

Certains membres de cette table de travail sur la radicalisation, fondée il y a deux ans à la demande du gouvernement Couillard, sont d’autant plus choqués qu’ils disent n’avoir jamais été consultés à propos de la campagne audiovisuelle. Ils n’ont été mis au courant que deux jours avant son lancement lundi dernier. « On est un peu le comité “ bonne conscience ”, qui légitime et valide ce que [le gouvernement] choisit de faire », indique Bochra Manaï. Elle se dit « choquée » que la table de travail, qui avait été lancée pour discuter des questions d’islamophobie et de radicalisation, n’ait rien produit de probant à cet effet. « Je suis la seule chercheuse qui siège. Il faut beaucoup plus de monde et de chercheurs. »

Il n’y a pratiquement que des Maghrébins qui siègent à cette table, et aucun musulman converti ou non francophone. Tous de bonne foi, ils ont même accepté de participer à une rencontre convoquée par le ministère le 12 septembre dernier… jour même de l’Aïd, qui est aux musulmans ce que Noël est aux chrétiens.

« On est là bénévolement pour s’assurer qu’on a un vrai vivre-ensemble, qui évite la xénophobie et l’exclusion, mais on n’a pas été écoutés », déplore une personne membre de cette table qui désire garder l’anonymat. Elle reconnaît toutefois que la ministre Kathleen Weil semble avoir « une volonté d’écouter nos propositions, mais ça ne se reflète pas dans les actions du ministère ».

Source: L’État rate la cible | Le Devoir

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About Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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